• Lomé, Togo

1.     Clarification du concept 

  • Au plan étymologique et philosophique, la souveraineté est un concept politique qui permet de penser la souveraineté des États dans une perspective philosophique.

Abordé pour la première fois par Platon, on trouvera un corpus de pensée élaborée sur la souveraineté qu’avec son disciple Aristote, dans son ouvrage « Politique » qui, étudie le fonctionnement de l’État dans les différents régimes politiques. Il pose clairement le principe du « règne de la loi qui doit s’étendre à tout », c’est-à-dire de la suprématie de la loi par le fait de l’État.

  • Sur le plan économique, la souveraineté désigne l’état d’un système économique qui bénéficie d’un contrôle sur ses approvisionnements principaux. 

Contrairement à l’autarcie, la souveraineté économique permet un recours au libre-échange, encadré, dès lors qu’il n’affaiblit pas les capacités de l’État.

Le concept de la souveraineté est utilisé aux États-Unis depuis 1854 et en France depuis 1856. John Maynard Keynes traite brièvement du sujet dans un écrit de 1933, sans le nommer. Il affirme « qu’il faut que leur production soit nationale chaque fois que cela est possible et raisonnable ».

Globalement, le concept met en avant la nécessité pour un pays de protéger et promouvoir ses intérêts stratégiques dans le domaine économique.

On peut ainsi distinguer sous le vocable de la souverainement économique selon les sous-secteurs économiques : 

  • la souveraineté économique : lié à la sécurité économique et se définit par la capacité d’un pays à détenir les moyens économiques nécessaires pour protéger ses intérêts vitaux en cas de conflit militaire ou économique ;
  • la souveraineté alimentaire : défini comme étant un droit international qui laisse la possibilité aux populations, aux États ou aux groupes d’États de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu’elles puissent avoir un effet négatif sur les populations d’autres pays. Complémentaire du concept de sécurité alimentaire, qui lui concerne la quantité d’aliments disponibles, l’accès des populations à ceux-ci, l’utilisation biologique des aliments et le problème de la prévention et gestion des crises, la souveraineté alimentaire accorde en plus une importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments. Elle prône un accès plus équitable à la terre pour les paysans pauvres, au moyen si nécessaire d’une réforme agraire et de mécanismes de sécurisation des droits d’usage du foncier.
  •  la Souveraineté industrielle : Elle se réfère à la capacité d’un pays à maîtriser les technologies nécessaires à la fabrication de biens essentiels sans dépendre de l’étranger ;
  • la souveraineté énergétique qui se réfère à la capacité du pays à faire couvrir ses besoins énergétiques ;
  • la souveraineté numérique : qui indique les capacités infrastructurelles en matière de communication numérique ou digital ;
  • le Contrôle des ressources naturelles : Pour les pays disposant de ressources naturelles, la souveraineté économique implique un contrôle régulier sur ces ressources ou leur exploitation.

En somme, la souveraineté économique vise à rendre un pays résilient face à la mondialisation tout en préservant ses capacités essentielles. Elle nécessite une veille constante pour prévenir les menaces et garantir l’indépendance stratégique d’un pays.

 

2.    Quels sont les cinq facteurs clés pouvant menacer la souveraineté économique d’un pays?

La souveraineté économique est un enjeu crucial pour tout pays qui peut être compromis par divers facteurs dont les plus essentiels sont cités ci-après :

  1. La Dépendance aux importations : Lorsqu’un pays est fortement tributaire des importations pour des biens essentiels (comme les médicaments, les technologies, ou les matières premières), sa souveraineté économique est mise en danger
  2. Le manque d’industrie ou la désindustrialisation : l’inexistence ou la perte de capacités industrielles locales peut rendre un pays dépendant des produits manufacturés étrangers. Si l’industrie nationale est affaiblie, la souveraineté économique est compromise.
  3. Les mesures extraterritoriales : Les sanctions économiques et les lois appliquées par d’autres pays peuvent restreindre la marge de manœuvre économique d’un État. Ces mesures peuvent priver le pays d’opportunités de croissance et de développement (Cas des pays de l’AES ou la fermeture de la frontière en 2018 par le Nigéria).
  4. Les acquisitions prédatrices : L’achat d’entreprises stratégiques par des acteurs étrangers peut affaiblir la capacité d’innovation et menacer les activités essentielles du pays.
  5. La Vulnérabilité face à la coercition économique : Les grandes puissances peuvent exercer une pression économique sur un pays ou un groupe de pays. Ce ou ces derniers, à travers des regroupement régionaux (CEDEAO, UEMOA) doivent trouver des moyens de lutter contre cette coercition pour préserver leur souveraineté ;

 

3.    Pourquoi et comment peut-on renforcer la souveraineté économique d’un pays ?

Le renforcement de la souveraineté économique d’un pays est un enjeu majeur pour garantir son indépendance et sa résilience face aux défis mondiaux.

Elle nécessite une approche globale, alliant politique industrielle, diplomatie économique et investissements stratégiques. Ces politiques visent à renforcer la capacité de l’Etat à agir de manière autonome sur la scène économique mondiale et à protéger ses intérêts stratégiques.

Pour y parvenir, il convient de prendre quelques mesures de politiques publiques visant notamment à :

  • Assurer un approvisionnement sécurisé en intrants industriels, miniers et agricoles ;
  • Garantir l’accès aux intrants stratégiques utilisés dans l’industrie. A cet effet, il convient de sensibiliser les entreprises à la diversification des sources d’approvisionnement et à la constitution de stocks stratégiques ;
  • Mettre en place une diplomatie économique active pour diversifier les échanges et réduire la dépendance vis-à-vis de certains pays ;
  • Encourager l’investissement dans des secteurs stratégiques pour renforcer la production locale ;
  • Assurer la protection des technologies et des entreprises stratégiques à travers le contrôle des investissements étrangers dans des entreprises sensibles ;
  • Prévenir les acquisitions prédatrices qui pourraient affaiblir la souveraineté économique. Ceci devient un impératif dans un contexte de compétition internationale accrue ;
  • Investir dans la recherche et le développement pour maintenir une avance technologique ;
  • Assurer la disponibilité des ressources humaines nécessaires pour accompagner le développement de l’économie ;
  • Soutenir les start-ups et les entreprises innovantes  dans un contexte de sous-emploi et de chômage accru;
  • Développer des ensembles régionaux forts à travers la collaboration avec d’autres pays de sous-région ;
  • Développer une politique commerciale capable d’assurer l’équilibre entre souveraineté et ouverture au monde, dans un environnement caractérisé par le manque de réciprocité de dans les échanges ;
  • Mettre en place des politiques communes pour protéger les intérêts économiques de la région( TEC, la ZLECAF).

4.   Le Bénin est il sur le chemin de sa souveraineté économique ?

Quel parcours entre 2016 et 2024  ?

Pour répondre à cette interrogation, il est nécessaire de faire un état de lieu de la trajectoire économique récente de notre pays, jalonné bien entendu par les réformes et des projets phares mis en œuvre depuis 2016 par le Président Patrice TALON.

En référence, aux développements qui précèdent et à l’aune des reformes et projets des programmes d’Actions du Gouvernement (2016-2021 et 2021-2026), nous adopterons une approche à la fois pratique et pragmatique pour mettre en exergue, au regard des facteurs limitant la souveraineté d’un pays, les avancées enregistrées par notre pays à l’aide d’indicateurs économiques.

  • Une Stabilisation du cadre macroéconomique incontestable et reconnue au plan international avec :
    • une notation passée de B à 2B dans un environnement pourtant, globalement difficile. Ainsi, notre pays se positionne parmi les meilleures signatures d’Afrique sub-saharienne et peut emprunter à des taux de plus en plus bas ;  
    • une bonne gouvernance par laquelle notre pays continue de se distinguer et vient d’être classé 2ème  en Afrique et 1er  de l’espace francophone d’Afrique en matière de transparence budgétaire ;
  • Préalable majeur pour engager la transformation économique de notre pays, la consolidation de la stabilité du cadre macroéconomique totalement à l’honneur de notre pays n’est plus à prouver. A juste titre on peut citer entre autres :
    • une croissance annuelle moyenne de 5,8% entre 2026 et 2023, en dépit des nombreuses crises exogènes allant de la fermeture de la frontière par le Nigéria, le choc mondial de la pandémie de la Covid 19 sans oubli la guerre Russo-ukrainienne.
  • des investissements massifs mis en place et diverses réformes engagées pour assainir les finances publiques ainsi que le renforcement de la confiance des investisseurs, cette performance montre bien les fondements d’une économie résiliente et laisse augurer de bonnes perspectives avec un taux de croissance projeté à 6,5% pour l’année 2024. 
    • Une transition fiscale effective avec une croissance continue des recettes budgétaires qui ont doublé entre 2016 et 2023, passant de 820 milliards à environ 1759 milliards en 2023. Les recettes des impôts ayant désormais passé le cap des 1000 milliards en 2023, quasi structurellement au-dessus des recettes douanières.
    • Une masse importante du programme d’investissement public assurée sur les ressources intérieures ;
  • Au plan de la transformation agricole et agroindustrielle comme base de la souveraineté alimentaire et préalable nécessaire à la souveraineté industrielle, on peut noter :
    • les nombreuses réformes structurelles embrasant tous les sous-secteurs avec pour finalité de réduire la pénibilité du métier d4qgriculteur (mécanisation) et d’assurer une réelle diversification agricole, ont commencé par porter leurs fruits avec un accroissement continu de la production de diverses spéculations de rente comme vivrières faisant de notre pays un des greniers pour la sous-région. Ainsi on peut citer :
      •  La production cotonnière est passé de 269000 T pour la campagne 2015/2016 à un niveau record de 766 000 T 2021/2022 hissant notre pays au rang des plus importants producteurs de Coton en Afrique ; 
      • Les autres cultures industrielles ou d’exportation ont également affiché de bonnes performances avec une progression moyenne de 15,3%.
  • Dans le secteur secondaire, il est observé une amélioration significative de la valeur ajoutée, en lien avec l’intensification de la production des branches industrielles.

Il faut noter au passage

Le Développement de zones économiques spéciales avec pour leitmotiv d’assurer au plan local désormais certains inputs des investissements publics afin d’éviter non seulement l’export de la valeur ajoutée et des emplois mais de réduire sensiblement les pertes de devise.

La GDIZ est aujourd’hui l’approche factuelle de transformation industrielle pour une souveraineté industrielle à moyen terme et une résorption de la question de l’emploi des jeunes ;

  • le développement la construction, et la modernisation des infrastructures de transport (Route, Port, aéroport,) avec
    • les divers programmes d’asphaltage ;
    • l’interconnexion de toutes les communes de notre pays ;
    • la transformation et la modernisation du Port Autonome de Cotonou pour le repositionner dans son bon rôle de poumons de notre économie
  • au plan culturel et touristique,  il n’échappe à aucun regard que le Bénin s’impose de plus en plus comme un pays de rayonnement artistique, culturel et touristique. A titre illustratif, le Bénin vient d’être classé par les organismes spécialisés, parmi les 25 destinations touristiques les plus prisées au monde pour l’année 2025.

Tout ceci grâce est le fruit d’une vision audacieuse et au développement d’une politique touristique et culturelle assortie d’un vaste programme d’infrastructures y relatives pour révéler et asseoir les bases d’une identité culturelle assumée, nécessaire pour un développement endogène. Il s’agit également d’une nouvelle source de création de valeur et d’accélération de croissance économique.;

  • Le déploiement d’une stratégie claire pour un système éducatif à la dimension de l’ambition de développement de notre pays avec des réformes et projets pour la transformation de l’enseignement technique et professionnel ;
  • Des reformes politiques majeures pour consolider la démocratie et asseoir les bases d’une gouvernance économique sérieuse de notre pays, toutes choses indispensables pour la souveraineté économique tout court ;
  • La mise en place d’une politique de développement du numérique et de digitalisation, comme base de facilitation et d’accès des populations aux services publics d’une part, et comme instrument majeur de lutte contre la corruption à travers la dématérialisation des processus d’autre part ;
  • L’assainissement du secteur de la santé, la mise en œuvre de réformes et le développement et la mise aux normes progressive du système sanitaire national avec pour objectif à terme d’atteindre la souveraineté sanitaire ; le Centre Hospitalier International d’Abomey-Calavi, l’hôpital de zone de Savè ou celui de Tchaourou sont autant d’exemples ;
  • Au plan social, l’accès intégrale à l’eau potable est sur le point de devenir un pari gagné avec de plus en plus de localités pourvues et un taux de pénétration qui s’établit en 2024 à 80% de de la population contre 42% en 2016.

Aussi, faut-il le souligner, notre programme de cantines scolaires grâce auquel nous donnons par jour un repas chaud à plus de 1,3 million d’écoliers dans plus de 80% de nos écoles primaires publiques dont 95% d’écoles en milieu rural, est une autre marque de reconnaissance de par lequel la communauté internationale cite notre pays comme modèle.

  • CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

En conclusion, on peut oser affirmer que notre pays a effectivement enclenché le processus de son développement et subséquemment amorcé la trajection de sa souveraineté économique au regard de la résilience dont il a fait montre notre pays face aux différentes crises des dernières années.

Toutefois, l’incertitude de la continuité de la dynamique constitue un risque majeur dont il faut prendre conscience et en prendre la mesure.

Type Stade ou statut
Démarrage Avancée Finale
       
la souveraineté économique         
la souveraineté alimentaire       
 la Souveraineté industrielle :      
la souveraineté énergétique      
la souveraineté numérique       
Le contrôle de nos ressources naturelles      

Comme le montre le tableau ci-après, certaines options stratégiques restent encore inexistantes ou embryonnaires dans ce processus.

Tableau synthèse du statut des options stratégiques clés

Options stratégiques nécessitant une veille Appréciation du statut par l’auteur
Assurer un approvisionnement sécurisé en intrants industriels, miniers et agricoles ; A structurer
Garantir l’accès aux intrants stratégiques utilisés dans l’industrie ; A structurer Il convient de sensibiliser les entreprises à la diversification des sources d’approvisionnement et à la constitution de stocks stratégiques ;
Mettre en place une diplomatie économique active pour diversifier les échanges et réduire la dépendance vis-à-vis de certains pays ; Bonne dynamique
Encourager l’investissement dans des secteurs stratégiques pour renforcer la production locale ; Bonne dynamique
Assurer la protection des technologies et des entreprises stratégiques à travers le contrôle des investissements étrangers dans des entreprises sensibles ; A structurer
Prévenir les acquisitions prédatrices qui pourraient affaiblir la souveraineté économique. Ceci devient un impératif dans un contexte de compétition internationale accrue ; A structurer
Investir dans la recherche et le développement pour maintenir une avance technologique ; Embryonnaire
Assurer la disponibilité des ressources humaines nécessaires pour accompagner le développement de l’économie ; Embryonnaire  
Soutenir les start-ups et les entreprises innovantes  dans un contexte de sous-emploi et de chômage accru ; Embryonnaire  
Développer des ensembles régionaux forts à travers la collaboration avec d’autres pays de sous-région pour renforcer notre souveraineté économique ; A repenser pour un positionnement de notre pays comme un acteur majeur
Développer une politique commerciale capable d’assurer l’équilibre entre souveraineté et ouverture au monde, dans un environnement caractérisé par le manque de réciprocité de dans les échanges ; A structurer
Mettre en place des politiques communes pour protéger les intérêts économiques de la région ( TEC, la ZLECAF). Bonne dynamique mais mérite d’être mieux structurer